Ici et maintenant

Groupe belge de la Fédération anarchiste

Mais qu'est-ce qui fait bouillir La Marmite ?!

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Maxime à la guitare et au chant, R–Man à la guitare et EsGibt aux machines et aux chœurs. C’est un trio devant lequel tu ôtes ton galérien ou ta bâche. Une machine musicale infernale : La Marmite. Dès qu’il s’y met, il sort son flingot libertaire. Et pas du genre à se déballonner. De l’électro, du riff alternatif, de la boîte à rythme. Puis du texte. Lorsque t’as fini l’écoute d’un album, ton ciboulot se sent bien. T’as l’impression d’avoir écouté un épisode de « C’est pas sorcier » pour les arsouilles anarchistes ! Avec EsGibt à la manœuvre et Sandro du groupe Ici & Maintenant (FA) pour recueillir le bouillon.

Sandro : Sur l'album Le Sang Bouillant, on croise Jean-Baptiste Clément, Richepin, Rosa Holtz, Brassens, Garcia Oliver et Durruti... On sent où on fout les pieds !

EsGibt : Il est vrai qu'il y a sur cet album 4 reprises sur 13 morceaux : Giroflée Girofla (avec le texte antimilitariste et antiguerre écrit en Allemagne par Rosa Holtz en 1935), La petite Hirondelle (tel quel, en clin d'œil contre la propriété privée), Les Philistins (le texte de Jean Richepin mis en chanson par Georges Brassens). Et enfin une réinterprétation électro-punkoïde de la Semaine sanglante, écrite par Jean-Baptiste Clément après le massacre des insurgés par les Versaillais sur les barricades de la Commune, chanson que nous avons eu la grande émotion de chanter un jour avec Francesca Sollevile, venue jouer au Cheval déchaîné, notre petite salle de concerts, accompagnée par sa pianiste fidèle, Nathalie Fortin. C'est Francesca, avec Mouloudji et Mestral, qui enregistra en 1971 l'album « La commune en chantant », chansons d'un spectacle du même nom qu'ils portèrent à l'époque de nombreuses fois sur les planches. Nous avons un peu adapté le morceau pour qu'il s'intègre dans notre set, et nous avons changé la dernière strophe de la Semaine sanglante en « A quand la fin de la terreur, de la justice et du travail ? », au sens où le travail et la justice font partie de la société marchande, du capital,  dont il s'agit pour la révolution sociale de se défaire à la racine.

A ces 4 morceaux s'ajoute Golpe por Golpe (Coup pour coup) auquel tu fais allusion car la voix qu'on y entend est celle d'un discours que Garcia Oliver prononça en 1937 sur la tombe de Durruti (extraite ici du film fort intéressant « Ortiz, général sans dieu ni maître » réalisé en 1996 de Ariel Camacho, Phil Casoar et Laurent Guyot). Comme nous l'expliquons dans le livret du disque, Garcia Oliver parle là avec justesse des groupes anarchistes Los Solidarios (1923) et Nosotros (1931) dans lesquels il milita activement avec Durruti et Ascaso, alors qu'au moment de prononcer ces mots, il est totalement compromis en tant que l'un des 4 « ministres anarchistes » dans le gouvernement républicain de Largo Caballero, gouvernement opposé au mouvement révolutionnaire en cours et soutenu par les dirigeants de la CNT, qui ont appelé à renoncer à l'instauration du communisme libertaire au profit (et c'est le cas de le dire) de la guerre antifasciste et du productivisme industriel de guerre. Les recherches et publications du collectif des « Giménologues » sont assez passionnantes à ce sujet.

Comme l'ont affirmé Los amigos de Durruti en 1937, « L'unité antifasciste n'a été que la soumission à la bourgeoisie... Pour battre Franco, il fallait battre Companys et Caballero. Pour vaincre le fascisme, il fallait écraser la bourgeoisie et ses alliés staliniens et socialistes. Il fallait détruire de fond en comble l’État capitaliste (...). L'apolitisme anarchiste a échoué ». Dans Golpe por Golpe, nous jouons donc en quelque sorte le Garcia Oliver révolutionnaire contre lui-même... On peut rappeler par ailleurs que la France du Front Populaire ferma ses frontières aux réfugiés espagnols, avant de les parquer en dernier recours dans des camps infâmes où beaucoup périront.

Cet emprunt à l'anarchisme révolutionnaire en Espagne de même que les reprises évoquées plus haut sont une façon pour nous de nous relier à un fil historique révolutionnaire, et de critique sociale, qui s'est exprimée par les armes, par le texte, par la parole, par la chanson aussi.

Sur l'album suivant, Travail-Famine-Patrouille, on trouve une reprise du « standard » de René Binamé, « Vocations », de même qu'une réinterprétation des « Robots » de Kraftwerk en « Robots-Citoyens-Soldats » et d'un vieux standard belge de l'électro, « U-Men », adapté en langue wallonne, le dialecte de la partie francophonisée de la Belgique. Le prochain album ne devrait cette fois pas comprendre de reprise…

S : Sur de l'électro qui coudoie des sons venus tout droit du rock alternatif. Deux grosses influences musicales?

EG : Haaa on ne peut rien te cacher... Si l'on remonte un peu en arrière, certains des premiers morceaux de La Marmite avaient existé sous d'autres formes dans des formations antérieures de notre chanteur, Maxime. Depuis 2012, on a fait évoluer la boîte à rythme assez « Béru » des débuts vers un son et des séquences plus électros, avec des basses-synthés, des samples, et les claviers que je joue en concert, et toujours les guitares bien sûr... Les machines ne sont jamais que des outils, qui accompagnent d'ailleurs assez bien une démarche musicalement « punk » (d'où l'essor de l'électro-punk) : une énergie assez brute peut être lancée (tout seul ou en groupe) avec peu de matériel, énergie sur laquelle on pose le reste. Le punk a frayé dès les années 80 avec l'électro, en version dure ou version pop, et La Marmite se situe dans cette filiation hybride.

Nos morceaux sont clairement impulsés dans une optique de jeu en concert, avec l'énergie qui peut s'y déployer, la disto, les amplis (guitares et claviers). En même temps, que ce soit avec le côté chanson comme avec le côté exploration sonore ou que ce soit avec le côté plus accessible comme avec le côté plus rugueux, industriel, on taquine (ou l'on pervertit, c'est selon) gentiment les standards du genre. Ce n'est pas propre à La Marmite, mais la manière dont on le fait y donne son cachet particulier, je pense.

En concert « ça envoie » de manière jubilatoire, sonore et textuelle, mais toujours en se mettant en position de connivence, pas juste pour « atomiser » le public. Si la connivence devait foirer, le concert foirerait, ou serait simplement « exécuté », au double sens de « presté » et « tué ». On a de la rage contre cette société marchande qui s'oppose radicalement à notre humanité, aux besoins des êtres vivants, mais les groupes « très fâchés et très méchants » sur scène et sur disque, je trouve cela un peu fatigant. Plutôt la connivence : ce qui nous lie, contre ce qui nous détruit.

S : En juin 2018, sort le deuxième album: Travail - Famine - Patrouille. C'est prémonitoire comme truc ! En ces temps de souricière sanitaire...

EG : Ha, bonne question ! Évidemment, ce qui peut paraître prémonitoire est surtout dû au fait que l’État a été peu surprenant depuis l'apparition de ce Covid-19. Au-delà des incohérences de gestion, c'est quand même fondamentalement le « business as usual » qui a été sauvé, de la production à la finance en passant par la répression. Certains ont voulu y voir un « retour de l’État » qui, face à une pandémie, aurait repris la main au prix de contraintes imposées à la machinerie économique. L’État semble en effet parfois « faire face » à l'économie, parce qu'il est censé assurer sur le long terme le cadre (et la paix sociale) dans lequel pourra continuer à se déployer la voracité du profit ; il n'en reste pas moins un appendice de l'économie, au service de celle-ci.

Face à la pandémie, les courants souverainistes (de droite comme de gauche, faut-il le rappeler),  parfois très virulents contre les gouvernements, réclament en fait plus d’État « au service de la Nation », et voient dans l'internationalisation des gestions de crise (notamment sanitaire) une dépossession de la souveraineté nationale au service des multinationales, etc. Aussi loin qu'aille la dénonciation des intérêts financiers colossaux en jeu, c'est du vent si l'on laisse intouchable le mode de production capitaliste lui-même, et l'exploitation. Aussi loin qu'aille la dénonciation de la corruption, des conflits d'intérêts, des politiques menées au service du profit (ce qui est une réalité), c'est du vent si l'on ne s'en prend pas à la politique elle-même, ce fossoyeur en chef des luttes.

A ces aspects se sont ajoutés les questions de la santé, de la science, de la médecine, sur laquelle la critique révolutionnaire est en général bien faiblarde voire très absente, et acculée, pour contrer le discours dominant, à s'appuyer sur la parole de scientifiques certes dissidents et ostracisés mais qui ne sont porteurs d'aucune perspective d'émancipation réelle. Or c'était sans doute l'une des premières choses à souligner : lorsque l’État, les institutions sanitaires nous parlent de notre santé, ils ont déjà un cadavre dans la bouche... Et lorsque l’État profite du désastre sanitaire (qu'il contribue sans cesse à produire et aggraver) pour casser la vague de lutte internationale de 2019-2020, il empile les cadavres de plus belle. Là aussi la critique radicale a à se distinguer de la politique-fiction « alternative » : l'opportunisme marchand et répressif qui s'organise (y compris dans des instances officieuses, hors de vue) et se déchaîne en lançant une soi-disant « mobilisation générale contre le virus » ne signifie pas pour autant que tout cela aurait été préparé et écrit d'avance. Notre prochain album, intégralement écrit durant cette période, sera assez marqué par tout cela...

Pour en revenir à « Travail-Famine-Patrouille », titre de notre dernier album et de sa plage titulaire, il nous est venu d'un graffiti durant le mouvement contre la « Loi travail » en France en 2016. Le thème du travail est assez récurrent dans nos chansons, car c'est évidemment le lieu de l'exploitation et de l'aliénation de nos vies, bien au-delà du temps et de l'espace dédiés aux heures payées…



Plus d’infos : http://www.aredje.net/la-marmite

Les albums de La Marmite sont disponibles en France chez votre disquaire, grâce à Distribution de la Zone Mondiale

Cette interview a été publiée initialement dans le Monde Libertaire n°1830, juillet-août 2021. Disponible à l’achat au numéro pour 2€ : https://monde-libertaire.net/abonnements/au-numero/53-monde-libertaire-n1811.html


Arèdje ton char, Binamé !

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René Binamé est un groupe belge fondé en 1988. Troubadours libertaires. Trimardeurs du rock libre. Ils ne te proposent pas une soupe fade ou de l’eau de vaisselle. Ça cravache ! De vrais dynamitards de la zicmu. Les Archives de la Zone Mondiale et Aredje viennent de rééditer les albums Le Temps Payé Ne Revient Plus (2008) et Kestufé Du Wéékend ? (2000) en CD et LP. L’occasion rêvée pour un petit entretien avec Olivier, chanteur, batteur et membre fondateur du combo.

Rééditer l’album Kestufé Du Wéékend ? en plein confinement, dans un climat de couvre-feu généralisé, c’est presque une vanne malicieuse ?
Ça en a tout l’air mais en réalité, avouons-le, c’est le fait du hasard. Mais cette coïncidence est tristement intéressante.
Kestufé du wéékend ? Le morceau éponyme, c’était la to do list d’un cadre qui cravache et se cravache. Kestufé du wéékend en 2020 ? La question elle est vite répondue : « Je bride les interactions sociales, les réunions familiales, les rencontres amicales, je garde la seule chose qui compte, le travail, l’accumulation du profit. » On le sait qu’il y a plein d’activité qui doivent continuer voire augmenter, mais pas n’importe comment, et on en verrait bien d’autres disparaître sans les regretter, mais pas n’importe comment non plus. Ça c’est le sujet de Tic-Tac, le second morceau.
Il est à craindre que ce disque trouve une résonance avec l’actualité tant que nous serons sous la coupe du capital, tout simplement, et tout particulièrement en situation de crise quand le parti de l’ordre a le vent en poupe.

Sur Le Temps Payé Ne Revient Plus, on savoure deux reprises époustouflantes. De la variété française fignolée. Eddy Mitchell et Sheila sonnent chansonnier(e)s anarchistes! T’as été bercé par la chanson française populaire ? Ou c’est autre chose ?
C’est tout à fait ça, bercé par la chanson française, sous toutes ses formes, engagée, sérieuse, légère. Avec le recul, on se rend compte qu’énormément de chansons à première vue frivoles avaient un fond, parlaient sans en avoir l’air des problèmes de la vie quotidienne. Comme « L’heure de la sortie » de Sheila, mais beaucoup d’autres apparemment tout aussi inoffensives.
Et puis il y avait le papy Brassens, Moustaki, tonton Beaucarne, puis plus tard Trust, Brigitte Fontaine, Anne Sylvestre, Marc Ogeret, les 4 barbus, le GAM . Au final, quand Bérurier Noir est arrivé à nos oreilles, c’était encore de la chanson française, mais pas mal plus sombre et rugueuse, c’est clair.
Tout récemment, on s’est de nouveau fait plaisir en reprenant le « Merci Patron » des Charlots (en changeant le dernier couplet.

C’est un problème de pas mal de chansons d’avoir un ou deux couplets intéressants puis une chute qui rétablit l’ordre...) et le « Allez les gars » du GAM (mais là, on est dans une chanson d’emblée délibérément combative) !

Dans ce CD, on prend parti ! Sur l’esclavage salarié, les kermesses électorales et la délégation du pouvoir notamment ...
Y a une évolution. Nos premiers disques, y avait une bonne part de défoulement, de provoc, de dérision, du blasphème, de la moquerie. On ruait dans nos brancards du moment, un carcan catholique pesant. Nos cibles étaient classiques : le flic, le curé, le soldat. Puis on s’est rendu compte que même s’il y avait un symbole « dollar » sur la pochette de notre album
Vocation , à côté de galons et d’une croix, nous n’avions pourtant pas abordé le sujet de l’économie, de l’exploitation. Enfin si, mais par des reprises, l’Internationale dès nos débuts, puis une série de brûlots anarchistes. Avec Kestufé, on avait délibéré de le faire avec nos propres chansons.

On peut entendre une voix féminine sur deux morceaux. D’où vient ce fascinant et radical gazouillis ?
C’est Magali, du groupe parisien La Fraction, qui chante « Tic-Tac » et c’est Rachou, du groupe bruxello-suisse Pierre Normal, qui chante « Quelques mots sur le cirque électoral ». La Fraction, je pense qu’il ne faut plus les présenter, c’est quand même une référence absolue en punk-rock français, avec de beaux textes bien posés sur des riffs plein d’énergie. Pierre Normal, c’est sans doute plus confidentiel, c’est chantant, électronique, poétique mais loin d’être inoffensif.

A propos d’anarchie, qu’est-ce qui te séduit là-dedans ? Ce que tu en as retiré et qui est non-négociable ?
L’étymologie, absence de pouvoir, de commandement, c’est à la fois la séduction de base et c’est ça qui est non-négociable. Pour peu qu’on soit en froid avec les fauteurs de l’ordre, les petits chefs, le carcan familial, les profs autoritaires, on est forcément séduit si on a la chance de rencontrer l’anarchie dans ses lectures, des conversations, des films, des chansons. C’est romantique et ça pourrait se ramener à la phrase de Clémenceau : « L’homme qui n’a pas été anarchiste à seize ans est un imbécile. Mais c’en est un autre, s’il l’est encore à quarante. » C’est habile comme formulation, aussi beau que « tout corps plongé dans un liquide... » mais c’est tout. Et au final notre anarchisme n’a pas fondu avec l’âge, il s’est consolidé au contact d’initiatives concrètes de luttes et/ou au fil des concerts de soutien à des collectifs en tout genre, des fêtes de lieux de vie, de lieux de production ou de culture en autogestion en rupture avec les modes de fonctionnement dominants, de bâtiments ou terrains occupés en luttes contre des projets nuisibles.

Cette ardeur de musicien libertaire, c’est aussi pour tenter de vivre « en-dehors », d’échapper au salariat ? Vivre sa vie sans attendre l’âge d’or ?
Pour éviter le salariat, pour diminuer son emprise sur nos vies en tout cas, on est plutôt passé par la mise en commun, la vie en collectif, une relative austérité joyeuse. Notre activité musicale a certainement aidé puisqu’elle provoque beaucoup de rencontres qui nous apprennent énormément. Mais nous ne sommes pas des artistes professionnels. Pas par échec, c’est un choix initial délibéré, qui aurait pu fondre ou diverger par la suite mais qui ne l’a pas fait. Un choix qui nous permet de jouer sans impératif de rentabilité, de retour sur investissement. Notre parcours pourrait être vu comme une carrière qui n’a pas décollé, une incapacité à percer, mais vu de l’intérieur, c’est l’expression de notre refus de parvenir, de notre volonté d’être effectivement en-dehors de l’industrie du spectacle, de s’offrir et d’offrir autre chose.

Binamé est indissociable du label « Aredje ». C’est quoi c’t’histoire ? Et quelles récentes découvertes chouettardes sont proposées ?
C’est une histoire simple… Quand on a sorti notre premier disque en 1988, on s’est dit qu’il fallait un nom de label et on s’est fait plaisir en prenant un mot wallon qui évoque le désordre, le boucan, la chienlit. Avec quelques mots en plus, «Aredje, chal e asteure » ... Aredje, ici et maintenant ! Aredje peut ressembler à un vrai label mais à y regarder de plus près, on est longtemps restés pour l’essentiel (et avec plaisir) dans l’auto-production la plus basique avec les disques d’abord de René Binamé et des Slugs, puis de Beticiclopp, Crête et Pâquerette, La Marmite, les Lapins Électriques, Krakenizer. Ceci dit, ces dernières années, nous avons filé un plus ou moins petit coup de main à pas mal de groupes ce qui nous amène à une perle, le crépusculaire album « Je reviendrai » de Manu & the Bouret’s.

On se quitte en abordant les éventuels projets, les prochaines envies…
Les projets sont clairement sur pause, on a bien fait deux clips de confinement, mais on n’a pas trop envie de se lancer dans une existence virtuelle qui est tellement à l’opposé de ce qu’on cherche. On veut des bisous, de la sueur, des contacts, respirer ensemble, masqué·e·s s’il le faut, pas tout de suite s’il faut attendre que passent des vagues, mais on veut se secouer pour dépasser cela... du coup, nos répés, plus nombreuses que d’habitude, sont plutôt des temps de réflexion... ce qui est confortable pour les voisins !

Propos recueillis par Sandro
Groupe Ici & Maintenant (Belgique) de la Fédération anarchiste

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